Invit’ appropriée

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Mon retour de Joha’ fin 2014 en tête, attristé par la situation post apartheid vraiment pas si angélique que ce que les « blancs » qui me recevaient voulaient en quelque sorte laisser croire. J’avais fort heureusement retrouvé cette amertume lucide, mon désarroi écoeuré en somme chez le photographe Pieter Hugo en expo’ alors à la Fonda’ Cartier-Bresson. La ségrégation est toujours considérable en Afrique du Sud. Certes le pouvoir « blanc » historique ne tire plus comme avant sur les populations noires. Et c’est considérable comme avancée, via le combat victorieux de l’ANC et Mandela, au combien rayonnant. Mais le drame est là, partout, dans une séparation grotesque et violente, cette domination coloniale, malgré la rupture d’avec ce qui en fut le plus dramatique.

Une émotion toute particulière donc à découvrir Disgrâce de John Maxwell Coetzee, et mis en scène par Jean-Pierre Baro. Les luttes en résurgence, comme ma dernière venue au Théâtre de la Colline au début de Debout, à se relier avec les intermittents du spectacle, filmer en live et parler/interroger, micro tendu, puis marcher vers Repu’.

Magnifique décors ici, en deuxième partie (la première est presque hors contexte) : on est dans le « film », quasi interactif, coloré, le feu maîtrisé. Et la réalité complexe bien explorée, sans l’esprit binaire d’une caricature hollywoodienne trop prégnante dans les esprits communs (car accaparés par le spectacle, ou une morale simpliste). Chant aérien/profond de Sophie Richelieu, la fraîcheur de Pauline Parigot, le jeu décontracté de Pierre Baux, sans pudeur inutile. La répétition de procédés en dérision/fixation/détournement, pour le rythme, évidemment redondant. Et une danse zoulou collégiale pour enchanter un tableau au combien sombre sur le fond, mais moderne, les caractères piqués au vif. Finalement, une étrange sensation se dégage, de sarcasme, le rire au coin des lèvres ci ou là, de cette comédie humaine vraiment pathétique.