carnetsauvages

Ecrire, écrire et encore écrire…

Catégorie: Expérience

Post trauma, une avalanche à dépasser

La nuit précédente, j’ai tenté de réciter le texte en faisant des « italiennes ».

L’important pour moi, ensuite, vu le résultat peu convainquant, fut de sublimer ce plantage par la description des émotions, l’écrire, cette tristesse, affolement des mots. Bien expliquer en quoi ça foire. Et ce qui est davantage mon intention.

Y’a des pub avec une phrase, plus simple. Là, j’avais vraiment un jeu d’acteur réel à faire. C’était absolument pas progressif. Et donc trop dur oui.

Mais l’expérience est bonne, pour ressentir, savoir et se confronter à cela.

Maintenant, je préfère la maitrise d’une liberté de mots : plateaux radio, par le passé, que j’organisais et animais avec des musicos, politiques, associatifs. L’impro’ autour de thèmes apprivoisés me va mieux.

Décider du contenu, et laisser voir apparaitre l’inattendu, la grâce, toute simple.

Idem avec l’humour, en mode Baffie ou Lafesse, sorte de micro-trottoir culturel. Comme le freejazz, on joue avec des gammes, de sa pensée, et cela rebondit. Une magie. L’inverse d’une récitation, enfermé entre quatre murs.

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Egalement : https://carnetsauvages.wordpress.com/2014/03/20/casting-foire-de-nouveau/

C’est juste un casting. ;)

J’étais pas bon. J’en sors. Pas facile. M’y étais préparé, à cet échec logique. Prise de risque. Aucun contrôle. Me suis fait violence.

Joué avec un mec réellement comédien. L’ai reconnu, pas connu, comme nombre à Paris. D’autres attendaient. Egalement plus expérimentés, à la cool. Ils enchainent les casting. C’est leur métier, la scène. Certains sont même partis.

Fallait que j’interprète un journaliste sportif suédois, hyper punchy, s’incrustant avec son perchiste à Clairefontaine, pour suivre l’équipe de France de foot féminine. C’est moi qui démarrait, avec le plus de trucs à dire, 53 paragraphes en tout, au milieu de quelques péripéties plus ou moins clichées. La diffusion se faisant sur le web, pour un contrat modeste.

La nana qui nous briefait m’a direct demandé d’envoyer du lourd. Tel Shirley, à posteriori. J’étais plus dans mon rythme (impro’ perso’, ce qui vient, bloqué du coup). De surcroit, assez éteint ce matin.

Aussitôt, j’ai donc perdu le fil, et balancé des phrases, en cherchant quoi dire, sans trop de sens. Levant, baissant la tête, presque hagard.

Me sentant un peu à l’ouest et mal à l’aise (quoique, dans une semi inconscience, ne voyant pas quoi sortir, sur l’instant, sans spontanéité).

A me demander : mais qu’est ce que je dis. Stop, reprend. Mince, abandonne le texte. Regarde la caméra. Fais quelque chose… (même pas cette réflexion), le corps scotché, l’esprit vidé par l’instant. Un présent à incarner, sans pouvoir le regarder pour le remplir. Dilemme.

J’étais collé à mon texte, grosso modo, et le lâcher me faisait effectivement perdre la route. Ne sachant pas me mettre en scène d’un coup, surtout, pour compenser.

Assez vite, après deux trois passages/répliques, la nana a indiqué de passer la main à d’autres, en gardant mon confrère. Ca ne m’a pas vexé. Mais je n’ai pas aimé décevoir ces inconnus : sentir que je n’ai rien su proposer.

Ni que j’ai pu me laisser emporter, du coup, lorsque mon acolyte du moment savait, lui, quoi faire de son regard, de sa gestuelle, réagissant, un minimum.

C’est hyper violent de ne pas avoir les phrases prévues en tête, et de parler à des murs, presque, tout en étant observé, jugé en live. J’aurais du l’oublier volontairement, le script, me mettre dans cette condition, d’expression uniquement.

Ce qu’ils voulaient finalement, en nous indiquant au dernier moment, de faire du yaourt en pseudo suédois. Des paroles inventées qui seraient prises lors du tournage, après cette sélection.

Je le saurais maintenant. Mais face à une caméra, à ce vide là, de gens qui te regardent, difficile vraiment d’être authentique, avec de quelconques réactions. Cela me laisse perplexe.

L’envie de pleurer une heure après, de devoir aller encore à un énième taf de m… Je vais nul part avec ce travail. Plutôt que de m’entrainer, et avoir du temps pour me mettre en condition d’incarner un rôle, même mineur.

Un autre vécu possible, se refermant quotidiennement. Supplice de la précarité et du monde pro’ actuel.

Fatigué, au sortir de cette épreuve, dans la rue, seul, à cogiter. Comme m’étant pris une claque, encore une fois sans réaliser. C’est allé super vite. On est direct sur le grille. Surpris de l’émotion que cela procure.

Je savais que je ne serais pas bien en partant. Plombé, le temps passant. Pas eu le bonheur de jouer. L’inverse. Un peu triste et frustré. Même pas une colère, peut être une rage.

Aussitôt dehors donc, la pensée de prendre des cours m’est venue. Le seul bémol : je ne suis pas à l’aise avec l’exercice imposé, ni dans le plaisir d’apprendre du texte. Comment s’en détacher assez tôt, sans se plomber des soirs durant à répéter.

Mon domaine, c’est plus le free, l’impro’, l’émotion directe, comme pour un certain jazz. Un peu pour cela que j’ai merdé au début. M’enfonçant de mots en blancs, à essayer de dire ce qu’il faut, la pensée bloquée. Ca fait tache. Dommage…

Et pas trop envie de prendre les techniques classiques, m’y enfermer. Ca corromps les possibilités de faire autrement justement.

On verra, si je tombe dans une mauvaise conduite (le jeu de scène, non contrôlé, pour lequel je suis moyen et pas virtuose, tournant en roue libre, nul part ou vaguement, contre beaucoup d’efforts dilapidés dans le vent), ou si j’arrive à choper ce qui m’irait plus, avec plaisir et naturel, sincérité.

Pas envie de me taper un certain passage obligé, d’où je ressortirais médiocre, après des années, sans assez de joie. Temps évaporé, au dépend d’un chemin plus harmonieux.

J’aime être dans le fun. Trouver la manière de faire, plutôt que de tourner sur place pour presque rien. Sans préparation, pas simple.

Là, j’avais de quoi assurer une forme de lecture, cherchant le prompteur virtuel, à bonne hauteur. En mode présentateur quasi statique, avec quelques variantes. Hors jeu, pas dans le thème malheureusement.

Un Diesel, surtout, mon flux, avant d’être lancé, plutôt que de partir tel un turbo. Sans m’imaginer être transcendant forcément, une fois dedans. Mais à mon rythme, pour proposer quelque chose quand même. Là, c’était pas moi. Et out…

L’agence aura du mal à m’en proposer d’autres. Visiblement, il y avait trop de texte d’emblée. Ce que disaient les candidats conviés, dans le couloir d’attente, peu avant.

Eux peuvent se rattraper sur leur expérience et savoir faire/talent pour ça.

Me revient cette sensation nauséeuse, équivalente ou presque, lors d’un oral, à Angers, n’arrivant pas à assurer ce coté multitâche : de respecter le propos prévu, tout en m’adressant à une assistance, avec décontraction et esprit, voir interaction. En fait, je me suis fracassé là, pour apprendre.

Bon, je l’ai fait. Autant pas y voir une absence de cohérence/sensibilité envers ce type de domaine artistique.

Le résultat est mauvais. Mais je me laisse guider par ce qui est vivant en moi. Espérant trouver/vivre des moments meilleurs, où la magie opère. Une grâce éphémère, maitrise, avec surprise et plaisir.