Jul tristement

En souvenir le festival hip hop de Bagneux. Pendant des années vécu le plaisir d’y partager, quelques interviews réalisées, des regards complices. Puis au retour de Barcelone, où j’avais été emmerdé, la loterie s’est inversée. Des jeunes par trois ou dix-quinze s’en prenant tour à tour à un individu ou groupe isolé. Après trois-quatre rounds d’émeutes dans la salle, ce fut à mon tour d’être ciblé. J’étais évidemment dans le viseur. Aucunement eu envie d’appeler à l’aide les grands frères, me saluant ci ou là, en familles. Aux premières provocations, quelques coups, j’ai eu à jouer au chat et à la souris, pour enfin m’éclipser rapidement. Une course peu rassurante, avec des mecs en caisse hurlant 91 ou 94 dans le quartier. Le concept étant pour eux de se mettre sur la gueule dans le 92 voisin, en découdre. Toujours ce réflexe de territoire et de virilité débile. Et adieu ce rendez-vous annuel. Saoulé. On me dira comme entendu mille fois « le rap, comme le rock, ce n’est pas pour les pd ». Ca va loin, cet esprit facho’ des gros bras. On les retrouve faisant leur beurre, du fric, et armés. Comme sur ces titres vénérés, nanas en string et grosses caisses pour flamber. Rien de très nouveau, ni évolué. J’ai connu également à la même période dans le train, dix jeunes qui montent pour se faire tous les wagons, à te vider ton sac, sous menaces et coups de poings. Ou les appels pour un beau frère d’un collègue à Fleury et Fresnes, passés du siège d’un des centres stratégiques de l’industrie française, émouvant, le beau père maton, belle ironie, avec en tête Lamence, le car jacking, les Tarterets, la Nacelle, Montconseil soirs et matins. Ces récits amusés d’une piscine prise d’assaut par une cité voisine, les vols et le trafic de stup’. Ou cette collègue arrivant traumatisée, agressée dans le RER, sur le trajet. Ces chefs en venant aux mains, lorsque ce n’était pas moi l’énième pantin de leur violence physique et narquoise. Comme les flics un dimanche en pleine journée, pointant leurs armes vers ton bâtiment, cachés dans les buissons. Ces cortèges de CRS bouclant à un autre moment un secteur entier à deux cents mètres à peine. Ou des clients venus frapper pendant vingt minutes à la porte d’un voisin de palier commerçant, lâchant « on va te faire la peau ». L’accumulation me dérange, et m’insupporte. Ou bien avant, cette trace détourée d’un cadavre au sol par la police judiciaire, en arrivant de province pour loger alors proche de Paris. Tout un quotidien que l’on met en sourdine, vivant le reste, apprivoisant les risques, pour finalement fuir comme l’on peut cette précarité et violence explosive. Quand des blocs sont rasés, l’insalubrité remplacée par la gentrification. Un appel à la consommation, aux groupes financiers. Rien d’authentique, et les populations déplacées. Un autre sujet, connexe et tout aussi vulgaire, destructeur et menaçant.

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